jeudi, septembre 29

Pourquoi nous verrons de moins en moins de fictions françaises sur les chaînes de la TNT?

L’arrivée d’internet dans la plupart des foyers français et le déploiement des plates-formes de streaming comme Netflix, Amazon, Disney+ mais aussi MyCanal permettent aux téléspectateurs d’avoir accès à des catalogues de films, séries et documentaires incalculables. Il s’agit aussi bien de nouveautés que de fictions déjà diffusées sur d’autres chaînes.

Cependant, ce n’est pas la raison première qui entraîne les difficultés que rencontrent les grands groupes comme TF1, France Télévision et M6 à se renouveler.

Une loi qui se voulait contraignante pour le streaming et qui a eu un effet imprévu!

Mercredi 28 octobre 2020, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot a annoncé, lors d’un entretien avec le magazine Les Echos, que les plates-formes de streaming par abonnement devront contribuer en investissant une part de leur chiffre d’affaires réalisé en France (20 à 25%) dans la production d’œuvres nationales ou européennes. Selon la ministre elle-même, il s’agit là d’une «révolution digne de la loi de 1981 sur le livre». La dite loi, dite loi Lang (du nom de Jack Lang, ministre de la Culture de l’époque) avait instauré la règle du prix unique de chaque livre neuf édité en France, évitant ainsi une concurrence déloyale.

De même, aujourd’hui, Netflix, Amazon Prime Video, Disney + ou encore Apple TV ne pourront plus échapper au système français et devront réinvestir dans la culture.

Mais on constate d’ores et déjà que le taux annoncé est moins élevé que celui proposé par le prédécesseur de Bachelot au début de l’année 2020. Franck Riester évoquait en effet un taux minimum de 25 % du CA. Mais la ministre défend son choix en expliquant qu’elle a préféré un taux de contribution légèrement plus faible avec des sous-quotas plus élevés.

Assouplissement de la chronologie des médias

En guise de compensation, les plates-formes de streaming (et vidéos à la demande) n’auront plus à attendre 36 mois après la sortie des films en salle pour les mettre en ligne. La chronologie des médias va encore une fois s’assouplir, à l’avantage de ces nouvelles formes de diffusion et au détriment des salles de cinéma. Par ailleurs, la ministre a souhaité rétablir une forme d’égalité entre ces plates-formes et les chaînes de télévision françaises. Ainsi les groupes privés tels que Canal +, TF1 et M6 ont-ils été écoutés. Le décret «TNT» va être révisé et : «S’il n’y a pas d’accord, l’État prendra ses responsabilités. Nous sommes soucieux d’un traitement équitable entre plates-formes et chaînes de télévision traditionnelles».

Enfin, Roselyne Bachelot a confirmé l’importance de la lutte contre le piratage audiovisuel malgré le coût pharaonique de l’Hadopi et ses échecs dans sa mission. Ainsi, la fusion entre le CSA et l’Hadopi (l’agence de lutte contre le piratage des œuvres en ligne) est actée depuis le 1er janvier 2022 en devenant l’ARCOM, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique.

C’était sans compter sur les effets très positifs sur les artistes

En effet, les plates-formes se sont pliées au jeu du gouvernement et l’ont plutôt bien fait! Ce qui a entraîné que des artistes, acteurs, réalisateurs, scénaristes, se sont retrouvés propulsés sur la scène mondiale grâce à ces networks diffusés dans le monde entier. Comme dans de récentes interviews où Franck Gastambide ou Omar Sy expliquent très clairement leur surprise d’avoir été vus dans plus de cent pays, voire par des dizaines de millions de téléspectateurs à travers la planète. Alors que, s’il avait s’agit d’une production française, au mieux diffusée en prime-time sur une grande chaîne, ils auraient été regardés par 2 ou 3 millions de franco-français…

Il faut ajouter à cela les habitudes prises pas les téléspectateurs prisent depuis le début de la pandémie et privés de salle de cinéma. L’abonnement à des chaînes hors TNT n’est plus réservés à une élite comme ça pouvait être le cas avec Canal+ ou les chaînes du câbles dans les années 90. Aujourd’hui, les spectateurs sont des consommateurs où la télévision à pris une place centrale dans les loisirs. Il est facile de voir que pour le prix d’une place de cinéma on a accès à une plateforme qui contient des milliers de titres disponibles à tout moment.

De plus, ce que le gouvernement n’avait pas perçu est la fuite volontaire des artistes vers les plates-formes parce qu’ils sont enfin vus dans tous les pays et non plus seulement dans l’hexagone. On peut ajouter à cela les budgets que les géants du streaming sont capables d’investir pour un film ou une série. On ne s’étonnera donc pas de voir très peu de nouvelles séries sur la TNT ni, au contraire, l’annulation des suites de celles existantes. Si on ajoute à cela les chaînes contenus dans les abonnements internet pour les foyers, quel que soit l’opérateur, et les bouquets, il ne reste plus grand-chose à diffuser et/ou à produire pour les chaînes «classiques» si ce n’est des séries américaines grand public et des émissions de divertissement!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.