mardi, septembre 27

Les Passagers de la nuit: Charlotte Gainsbourg magistrale!

Avec Les Passagers de la nuit, Mikhaël Hers nous replonge dans les années 1980 sur les pas d’une femme, Charlotte Gainsbourg, qui tente de se reconstruire après un divorce. Un film à fleur de peau et mélancolique qui fait de Paris, filmé la nuit et au petit matin, un décor au diapason des sentiments de ses personnages.

Ça commence la nuit du 10 mai 1981…

Avec ses scènes de liesse dans les rues de Paris à l’annonce de la victoire de François Mitterrand, et c’est tout le film de Mikhaël Hers qui se teinte de ce grain de nostalgie pour une époque qu’il a lui-même à peine connue.

Tout dans la texture de la pellicule, les couleurs des images ou la topographie des lieux nous renvoie à ces années 1980, situées à la charnière entre deux mondes : entre espoirs de changement et rêves bientôt fracassés sur la dure réalité économique ; apogées d’une modernité triomphante déjà vieillissante et contestée.

Il n’y a pourtant rien de politique dans le propos du réalisateur. La restitution atmosphérique de ces années-là, mixant habilement images d’archives et reconstitutions, n’a pour objet que d’offrir, tel un peintre, une toile de fond délicate et au diapason des sentiments de ses personnages. Eux aussi flottent entre deux mondes. Élisabeth (Charlotte Gainsbourg), la petite cinquantaine, vient d’être quittée par son mari et a du mal à ravaler ses larmes face au gouffre existentiel qui s’ouvre devant elle. Ses deux grands adolescents, Mathias et Judith, sont prêts à prendre leur envol mais hésitent encore devant le champ des possibles. Enfin, Talulah (Noée Abita), jeune SDF à la dérive croisée par hasard, va trouver pour un temps auprès d’eux la chaleur et la stabilité d’un foyer.

Toutes ces solitudes résonnent avec celles qui se confient la nuit à Vanda (Emmanuelle Béart) dans l’émission de radio où Élisabeth a trouvé un petit boulot. Elles vont s’effleurer, s’épauler, se bousculer parfois pour se (re)construire et poursuivre chacune leur propre chemin. Au fond, comme dans les précédents films de Mikhaël Hers, Ce sentiment de l’été et Amanda, il est encore question de deuil. Non pas celui d’une personne mais celui d’un mariage, de l’enfance ou du passé et de la façon dont ceux qui en sont affectés vont s’aider à le surmonter.

Charlotte Gainsbourg atteint ici une forme de maturité

Le travail sur l’image avec ces supports différents frôle parfois le maniérisme mais n’empêche jamais l’émotion d’advenir. Au contraire, il participe le plus souvent à la faire surgir comme ces vieux films en super 8 de notre enfance. Ou la voix chaude de Joe Dassin chantant Et si tu n’existais pas. L’« Effrontée » de ces années-là, Charlotte Gainsbourg, qui atteint ici une forme de maturité, n’est pas non plus étrangère à ce sentiment.

À fleur de peau, constamment entre le rire et les larmes, l’actrice est à la fois extrêmement fragile et incroyablement déterminée. Chrysalide sortie de son cocon de femme au foyer pour se réinventer, pas à pas, une autre vie. Celle qu’elle a décidé de se choisir, empruntant le chemin périlleux de sa propre émancipation, et entourée de la famille qu’elle s’est constituée. Le récit se déroule sur sept ans mais ses ellipses sont si imperceptibles que le temps passe comme dans un souffle et, à la manière des souvenirs, n’en restituent que les moments importants, douleurs et joies mêlées.

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