jeudi, septembre 29

Le monde du cinéma en deuil: Michel Bouquet nous a quittés

Par Franck Karsenty

Lauréat à deux reprises du césar du meilleur acteur, il avait tourné avec, entre autres, Henri Verneuil, François Truffaut ou encore Claude Chabrol. Ce grand comédien est décédé à l’age de 96 ans mercredi 13 avril.

Comédien emblématique du théâtre français et du cinéma

Il était connu pour avoir joué pas moins de 800 fois Le roi se meurt d’Eugène Ionesco et été césarisé deux fois pour ses rôles à l’écran. Après soixante-quinze ans de carrière, le monstre sacré du théâtre, tout aussi inoubliable au cinéma chez Chabrol et Truffaut, avait confié à l’Agence France-Presse en 2019 qu’il ne remonterait plus sur scène, après avoir fait son «bonhomme de chemin».

Sur le grand écran, il a été un étonnant Mitterrand au soir de sa vie dans Le Promeneur du Champ-de-Mars de Robert Guédiguian (2004), avec un mimétisme qui troublera jusqu’aux proches de l’ancien président. Il sera aussi un magistral Javert dans Les Misérables de Robert Hossein (1982). Il ne se lassait pas de ses rôles, brodant et rebrodant son interprétation, la voix mesurée enflant soudain à la surprise du public, épaté de l’énergie qu’il gardait en dépit de l’âge. Prolifique, souvent énigmatique et troublant, le comédien avait reçu de très nombreuses récompenses, notamment deux fois le césar du meilleur acteur: en 2002 pour le film d’Anne Fontaine Comment j’ai tué mon père puis en 2006 pour Le Promeneur du Champ-de-Mars.

Un homme qui vivait pour la scène

Au théâtre, il avait décroché deux fois le molière du meilleur comédien, dont en 2005 pour Le roi se meurt, qu’il jouait avec son épouse Juliette Carré, formidable reine Marguerite. Il a marqué le théâtre de l’après-guerre en faisant connaître en France l’oeuvre de Harold Pinter et en se mettant au service de grands textes classiques (Molière, Diderot ou Strindberg) et contemporains (Samuel Beckett, Eugène Ionesco, Albert Camus ou Thomas Bernhard). Affichant clairement sa préférence pour la scène, Michel Bouquet n’en a pas moins été un brillant acteur de cinéma, endossant avec beaucoup de subtilité des personnages souvent secrets et équivoques.

Mais qui restait très attaché au cinéma

Sa voix neutre et posée, son goût pour l’ambiguïté feront merveille dans les films de Claude Chabrol, qui l’emploie dans des rôles de notables de province, secrets et dévoyés. Il noue avec ce metteur en scène une complicité durable et jouera dans plusieurs de ses films (La Femme infidèle, Poulet au vinaigre). Il joue aussi avec François Truffaut quelques-uns de ses meilleurs films (La mariée était en noir, en 1967 et La Sirène du Mississippi en 1968). Jouer était une nécessité intime plus qu’un plaisir. « C’est une angoisse affreuse, disait-il. Mais c’est intéressant pour vivre quelque chose que l’on ne vivrait pas autrement. On ne risque rien, rien, sauf de se casser la figure.».

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