mardi, septembre 27

Et la reine des nuits parisiennes nous a quittés: Adieu Régine

Régine est décédée dimanche 1er mai à l’âge de 92 ans. Partir le jour de la fête du travail, la coïncidence aurait fait sourire cette travailleuse acharnée.

Le monde de la nuit lui appartient…

Elle a en effet décidé très jeune de se faire un prénom plutôt qu’un nom. Et ce prénom est très vite devenu synonyme de folles nuits dans des night-clubs qui, de Paris à New York, de Monte-Carlo à Buenos Aires ou au Caire, ont brodé au fil du temps un nouveau motif sur la même toile: Chez Régine, le Regin’s, et pour un cabaret russe proche des Champs-Élysées : le Reginskaïa !

Pourquoi pas son nom de famille ? Dans ses mémoires intitulées «Mes p’tits papiers» (2002 éditions Pauvert), elle explique avec un humour qui fait valser la phrase : “Je suis née en 1929 Régina Zylberberg, dans une famille de juifs polonais. Alors vous imaginez ? Ce soir, on se retrouve au Régina Zylberberg… Le temps de le dire et la nuit est déjà finie.

Ce qu’elle évoque aussi avec une grande pudeur, c’est son enfance sous l’Occupation, où elle est contrainte de se cacher dans le Sud-Ouest de la France tandis que son frère cadet Maurice, futur magnat de l’industrie textile sous le nom de Bidermann, louvoie lui aussi pour échapper aux persécutions.

Les premières nuits dehors

Après-guerre, la jeune fille vit sa vie de célibataire dessalée dans les night-clubs de Juan-les-Pins, puis à Paris, où entre deux coups de main au bistrot de son père à Belleville, elle fréquente le Whisky à Gogo, une boîte à la mode du 1er arrondissement.

Fille à tout faire pour reprendre sa propre expression, elle y est barmaid, dame pipi, gère le vestiaire, mais elle se fait surtout remarquer sur la piste de danse en championne du cha-cha-cha. Elle a 23 ans et déjà l’envie d’être chez elle. C’est à dire Chez Régine, rue du Four, sa première adresse inaugurée en 1956, avant d’émigrer boulevard du Montparnasse.

Succès fou. Chez Régine, ça twiste et ça picole jusqu’à pas d’heure, souvent en compagnie de célébrités (Truman Capote, Marlene Dietrich, Henry Miller, Warhol, El Cordobés qui fut son amant, Omar Sharif qui fut aussi son amant…) ou de parfaits inconnus.

C’est son amie Françoise Sagan qui a les mots idoines pour décrire ce monde de fiestas interlopes : “C’est chez Régine que j’ai découvert que le temps pouvait s’échapper des horloges, des rendez-vous, des contraintes, et devenir cette belle mer noire, lisse, étale qu’est la nuit.

Le succès dans la chanson

Mais c’est la chanson qui allume une nouvelle étoile dans son firmament. La rencontre avec Serge Gainsbourg est décisive, lui qui la considère à l’égale de Fréhel. Pour elle, il compose une douzaine de titres, dont en 1967, avant la révolution sexuelle, le très hard : “Ouvre la bouche, ferme les yeux, tu verras, ça glissera mieux.” Elle est aussi pionnière en 1966 avec La Grande Zoa (paroles de Frédéric Botton), qui avec son boa, ses bijoux et ses chinchillas, devient l’hymne de toutes les folles plus ou moins perdues. “Y en a qui marmonnent / que la grande Zoa / ce serait un homme !”

Mais le triomphe très grand public vient avec Les Petits Papiers (toujours de Gainsbourg), rengaine mélancolique (“Puissent-ils un soir, papier buvard, vous consoler”) que Régine fait chanter en 2006 par une chorale d’écoliers à l’enterrement de son fils unique, le journaliste Lionel Rotcage.

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