mardi, septembre 27

Décès du comédien Henri Garcin à 94 ans, antihéros de Truffaut et figure de Maguy

L’acteur français, d’origine hollandaise, partenaire à l’écran de Catherine Deneuve, Mireille Darc, Fanny Ardant et Rosy Varte dans la série Maguy, est décédé lundi à l’âge de 94 ans.

Il jouait tous les emplois et contre-emplois avec une déconcertante facilité: un héros de la résistance, un voyou au grand cœur, un homme de main pervers, un bourgeois trompé, un Français moyen et une flopée de ministres et de juges pour Yves Boisset. L’acteur Henri Garcin est décédé lundi 13 juin à l’âge de 94 ans, selon sa fille Adèle.

Il y a trois ans, il publiait ses mémoires, au titre proustien, Longtemps, je me suis couché tard (Morrigane Éditions). Ce livre, bien écrit, fourmille d’anecdotes colorées et de souvenirs savoureux sur François Truffaut, Georges Moustaki, Romain Gary, José-Luis de Villalonga, Marguerite Duras, le théâtre et le métier de metteur en scène. Cet homme, à l’apparence sérieuse mais à l’esprit facétieux, n’hésite pas à livrer aussi une philosophie amusée de la vie… empruntée à Paul Léautaud: «La mort? Pourvu que j’arrive jusque-là.»

Henri Garcin appartient à cette lignée de comédiens qui ont un tantinet sacrifié leur carrière au cinéma par passion pour le théâtre. C’est pourtant son talent sur scène qui va lui permettre un jour d’épater le plus cinéphiles des réalisateurs, François Truffaut. Cette rencontre unique est racontée avec verve dans son livre. Au milieu des années 60 le cinéaste de la nouvelle vague décide de voir, accompagné de Catherine Deneuve, Henri Garcin dans la pièce Quelque chose comme Glenariff, «une comédie que j’avais commise avec Daniel Lord», selon les propres mots de l’auteur.

Le lendemain, le réalisateur des Quatre cents coups, époustouflé par son jeu, lui fit parvenir ces quelques mots: «Mon cher ami, je suis plein d’admiration pour vous; depuis des années je me demandais pourquoi le jeu au théâtre est tellement exagéré par rapport au jeu de cinéma et faute d’avoir trouvé la réponse j’ai refusé deux ou trois fois des mises en scène de théâtre. Hier soir, j’ai eu la preuve qu’une pièce peut se conduire, se mener, se jouer, se rythmer comme un film et même comme un très bon film…» Peut-on rêver d’un plus bel éloge? François Truffaut n’oubliera jamais sa première impression. Vingt ans après, il offrit l’un de ses plus beaux rôles à Henri Garcin dans La Femme d’à côté.

Irascible ou flegmatique, étonnant caméléon, Henri Garcin s’est transformé comme par magie en Jo le Fréjus pour Lautner et Audiard (Fleur d’oseille), en un résistant amoureux de Catherine Deneuve pour Rappeneau (La Vie de château) et en un mari digne et trompé de Fanny Ardant (La femme d’à côté).

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